Anthony FRUTEAU Président du Conseil d’Administration de l’ORTU (Office Régional du Tourisme de Tuléar)

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Tuléar tourisme

Depuis quand présidez-vous l’Office Régional du Tourisme de Tuléar ?
La nouvelle équipe de l’ORTU s’est mise en place courant février 2016. Il faut savoir que plusieurs membres du C.A œuvraient déjà pour l’animation de la région et la promotion du tourisme du sud-ouest de Madagascar, depuis quelques années, au sein de l’ASIRSO (Association du Syndicat d’Initiative de la Région Sud-Ouest).
Sans vouloir polémiquer, nous pensions que notre région méritait une meilleure visibilité afin de recueillir la part des touristes, voire des résidents, qu’elle mérite. Nous avons pu faire réaliser un très beau film de promotion touristique et nous avons pu participer au salon « International Tourism fair Madagascar ». L’ASIRSO est à l’initiative du Vez’tival, festival socio-culturel qui cherche à mettre en valeur les cultures du sud de Madagascar avec un volet éducation et responsable important. Il s’est déroulé en octobre dernier et a connu un immense succès populaire.

Quelles sont les premières actions que l’ORTU a choisi de mettre en œuvre ?
Avant de parler des actions, je voudrais évoquer le dramatique manque de ressources. Les Offices Régionaux de Tourisme (ORT) ne disposent que des maigres vignettes touristiques. Celles-ci sont de plus en plus mal perçues notamment parce que la concurrence de l’informel ne cesse de s’amplifier.
Lors d’une Assemblée Générale en octobre dernier, nous avons évoqué la possibilité de présenter, à l’ensemble de nos membres, des budgets de participation à des salons internationaux, par exemple, en leur demandant de tous bien vouloir contribuer. Pour cela il faut regagner la confiance des opérateurs qui doivent être persuadés que la promotion des attraits touristiques de la région sera prioritaire et que si les prestataires sont représentés ils le seront tous avec une égale visibilité.

Comment fédérer de nombreux membres en les impliquant activement ?
La tâche est effectivement ardue. Un véritable challenge est à relever. Même si la haute saison touristique 2016 a été sensiblement meilleure que la précédente, nous restons à des niveaux de fréquentation annuelle faible et encore très en dessous des scores de 2008. La majorité des prestataires ont du mal à « joindre les deux bouts » et il est donc difficile, dans ce contexte, de leur demander une contribution financière et une implication active.
Nous voulons être plus proches des opérateurs, leur rendre visite plus régulièrement afin d’être à leur écoute. L’envoi d’une newsletter ou de courriels ne suffisent pas à fédérer véritablement un réseau. Nous devons avoir un correspondant par zone (Mangily, Anakao…) qui remontera les problèmes spécifiques et les attentes des opérateurs.

Comment expliquer qu’une région dotée d’immenses potentialités touristiques n’accueille qu’un nombre trop limité de touristes ?
Le premier facteur bloquant, bien connu de tous, est l’accès aérien. Certains membres se demandent s’il est judicieux de promouvoir notre région alors que les touristes ont les plus grandes difficultés à trouver des places d’avion. Il y aurait toujours la possibilité d’accomplir l’aller et le retour par la RN7 qui demeure le produit touristique « phare » de Madagascar mais nos clients disposent, pour des raisons budgétaires, de moins en moins de temps. En outre entre Antsirabe et l’Isalo, la route s’est fortement dégradée et les agences hésitent à obliger leurs clients à la parcourir dans les deux sens. Le tourisme est très sensible à la dégradation des infrastructures ou aux dysfonctionnements. Il suffit que le train Fianarantsoa-Côte Est (à 500 km de Tuléar) ne fonctionne plus pour que les séjours, avec fin de circuit à Tuléar, ne soient plus programmés.

Nous avions espéré que Madagasikara Airways puisse combler le manque de dessertes de la compagnie nationale… Nous exerçons des actions de lobbying afin de voir programmer des vols internationaux directs jusque chez nous (Durban-Tuléar ou Réunion-Tuléar). Pour l’heure rien ne semble évoluer.

Malgré tout, vous ne baissez pas les bras…
Surtout pas ! Car nous demeurons convaincus que la diversité et l’endémicité de l’exceptionnelle faune et flore du Sud, la variété des paysages (forêts, bush, rivières et lagons…) et le contact avec une population réputée pour sa grande convivialité sont des atouts qui finiront par drainer des touristes en masse. Ces dernières années, le secteur privé a investi dans des structures hôtelières de qualité. Des prestataires spécialisés offrent un grand nombre d’activités « aux normes ». Tout ceci est encourageant. L’ORTU bénéficie aujourd’hui d’une véritable reconnaissance. Depuis notre prise de fonction, nous sommes passés de 12 à 91 membres. L’ORTU appartient, par exemple, au comité de pilotage du projet d’aménagement du « Jardin de la Mer » et autres lieux dans la ville.
Grâce au PIC (Projet Pôle Intégré de croissance) nous pouvons bénéficier depuis plusieurs mois d’un assistant technique qui forme et encadre un nouveau directeur exécutif. Rapidement la direction exécutive de l’ORTU va être à même d’accomplir l’ensemble de ses missions. Le Bureau International du Travail nous ayant permis, quant à lui, de restaurer le bureau de l’Office situé en plein centre ville et d’y installer un espace culturel.

La ville de Tuléar conserve-t-elle sa réputation de « ville qui ne dort jamais » ?
Tout à fait. Tuléar demeure une ville où, en toute sécurité, il est possible de « faire la fête » dans une ambiance aussi joyeuse que « bon enfant ». Les bars et discothèques ainsi que les bonnes tables se bousculent. Les lieux où il est possible de déguster de simples brochettes autour d’une bonne bière et de se mêler avec la population locale, foisonnent. Tuléar est une ville très animée et d’autant plus agréable à vivre qu’elle est devenue propre et, le soir venu, particulièrement bien éclairée.
Pour être tout à fait objectif il faut quand même évoquer également la difficulté qu’éprouvent les opérateurs à trouver du personnel formé, voire tout simplement lettré. Nous fondons des espoirs sur le partenariat avec l’école de formation « La Rizière » à Fianarantsoa qui a déjà dispensé des formations et qui pourrait aider au recrutement. Ceci étant, le sud-ouest aura besoin de son école de formation aux métiers du tourisme et de l’hôtellerie. Si les autorités jugent que notre région a un avenir dans le tourisme, il faut prioritairement investir dans la jeunesse.

Le PCA de l’ORTU, malgré les difficultés, semble plein d’ambition.
Pas seulement le PCA de l’ORTU mais l’ensemble de l’équipe qui travaille à mes côtés.
Je ne souhaite qu’une chose, c’est que l’enthousiasme né lors de notre élection ne retombe pas comme un soufflé. Nous devons multiplier les actions cohérentes qui démontreront aux opérateurs que nous pouvons renforcer leur propre communication.
Les opérateurs doivent également « jouer le jeu » et participer activement à l’Office, y apporter leurs compétences et aider à l’orienter vers les initiatives qui leur paraissent prioritaires.
Travail collégial que, pour conclure, j’appelle de mes vœux.

Propos recueillis par Richard BOHAN

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