ITW : Jean jacques Ravello, PCA de l’Office du Tourisme de Sainte-Marie

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Interview Jean Jacques RAVELLO

Comment s’est déroulée la saison 2016 et quelles sont les perspectives pour la haute saison 2017 ?
2016 a vu une augmentation sensible de la fréquentation touristique sur Sainte-Marie par rapport à l’année précédente. Plusieurs établissements hôteliers avouent avoir «frôlé» leur chiffre record de 2008. Il est à noter que ce sont les établissements qui ont consenti les plus gros efforts de rénovation et qui sont dynamiques sur le plan de la communication qui tirent le mieux, fort logiquement, leur «épingle du jeu». Les rencontres entre opérateurs, notamment au sein de l’Office du Tourisme, doivent être encouragées afin que tous hissent le niveau de leurs prestations et sachent communiquer. L’île Sainte-Marie dispose aujourd’hui d’une trentaine d’établissements hôteliers, gîtes et maisons d’hôtes formels, de classe internationale, adaptés à toutes les bourses. Nous avons ainsi pu constater que le « tourisme national » s’est particulièrement développé.
L’année 2016 a pu bénéficier également de nouvelles liaisons. Maritime, avec le bateau «El Condor» d’une capacité de plus de 100 passagers et qui effectue la liaison quotidienne Mahambo (côte Est de la Grande-Terre) – Ambodifotatra (Capitale de Sainte-Marie) en trois heures et en parfaite sécurité. Aérienne, avec la ligne Madagasikara Airways qui effectue, entre autres, une rotation hebdomadaire entre l’aéroport de Pierrefonds (Saint-Pierre de la Réunion) et Sainte-Marie. Nous espérons que le partenariat stratégique entre Air Austral et la compagnie nationale Air Madagascar va permettre à la compagnie française de l’océan Indien de pouvoir programmer de nouveaux touchés à Sainte-Marie, réclamés depuis bien longtemps et qui généreraient un véritable ballon d’oxygène pour notre île.

Tout se présente donc sous les meilleurs auspices pour cette année 2017 ?
Nous pouvons être relativement optimistes à court terme mais inquiets également car nos initiatives en matière de promotion qui portent leurs fruits comme je viens de l’exprimer, ne pourront perdurer trop longtemps en l’absence de ressources pérennes. Je reprends à mon compte les propos tenus dans votre magazine (ndlr : n°28 de février 2017) par le PCA de l’Office Régional du Tourisme de Tuléar. Nous ne disposons que des maigres vignettes touristiques de plus en plus mal perçues. Quelques opérateurs jouent parfaitement le jeu. Ce sont toujours les mêmes : ceux que l’on retrouve au sein de l’Office de Tourisme ou comme chevilles ouvrières de nombreuses actions de promotion. Trop nombreux, cependant, sont ceux qui sous-déclarent leurs nuitées. Et je ne mentionne pas l’informel qui gangrène notre secteur…
Si nous ne maintenons pas une visibilité suffisante pour notre île, elle sera moins programmée ou se fera oublier. C’est ainsi. La concurrence est redoutable et l’île Maurice ou les îles françaises de l’océan Indien disposent d’un budget de communication sans commune mesure avec le nôtre, voire avec celui de l’ensemble du pays.

île Sainte Marie

N’avez-vous pas, néanmoins, programmé plusieurs opérations de promotion ?
En 2016 nous avons eu l’opportunité, en effet, d’être présents aux USA en février, au MAP à Paris en mars, nous avons organisé un workshop sur le tourisme culturel avec Smithsonian en mai à l’île Sainte-Marie, nous étions également présents au salon « International Tourism fair Madagascar » en juin, lors de l’étape du Madagascar Promotion Tour en août à la Réunion (et de nouveau en octobre à l’occasion du salon « Florilège »), en novembre en Afrique du Sud… Je n’évoque pas les publications de flyers ou autres supports, la réception de voyages de presse… Le programme cette année sera, peut-être, un peu moins étoffé mais nous multiplions les partenariats avec différents organes de presse et médias.
Au sein de l’Office, des commissions ont été mises en place. La commission « Promotion » établit des contacts avec les compagnies aériennes, maritimes et terrestres afin de proposer des «packages tout compris» incluant le transport et le séjour en demi-pension. Il faut souligner que quelques hôteliers ont accompli des efforts notables en vue de rendre notre destination particulièrement attractive.
La Commission « Croisière » a pour but d’organiser les touchés de bateaux de croisières de plus en plus nombreux dans l’Océan Indien. Nous nous sommes aperçus que l’accueil de centaines de croisiéristes en un laps de temps relativement court (quelques heures) suppose un savoir-faire et des moyens qui nous faisaient défauts. Les autorités locales et les ministères concernés doivent nous aider pour résoudre de potentiels problèmes d’insécurité ou de désordre et travailler de concert avec nous pour mettre en place une organisation qui permettrait de développer les croisières à Nosy Boraha.

L’île Sainte-Marie dispose d’un beau potentiel pour les croisières et même si les croisiéristes ne sont pas considérés stricto sensu comme des touristes, ils consomment quelques produits touristiques (excursions notamment) et de l’artisanat local avec des retombées directes pour la population locale et sont, d’autre part, un formidable vecteur de communication sur la destination.
Nous avons également une commission « Guide » afin de poursuivre les formation et d’organisation de la filière pour professionnaliser le secteur, toujours dans le cadre de la lutte contre l’informel. Enfin la commission « Tourisme durable » a pour objectif de pérenniser la charte « L’île Sainte-Marie s’engage pour un tourisme durable» qui est actuellement dans sa quatrième saison. Cette charte fédère des dizaines d’acteurs autour de bonnes pratiques individuelles qu’elles soient environnementales, sociales ou économiques et encadre des actions communautaires tournées vers la population.
L’île Sainte-Marie ne s’est-elle pas taillée, en effet, une belle réputation d’un développement particulièrement responsable de ses activités touristiques ?

Nous pensons sincèrement que c’est LA bonne voie : Nosy Boraha s’y prête parfaitement et la population toute entière doit bénéficier de l’essor du secteur tourisme. Il faut que le
« noyau dur », composé de ceux qui y croient et qui entraînent les indécis, ne soit pas découragé, cependant, par les innombrables difficultés rencontrées et arrive à convaincre toutes les forces vives locales à agir dans ce sens.

N’est-ce pas un appel aux autorités pour un soutien plus actif ?

Tout à fait. À la suite de demandes incessantes auprès des autorités de tutelle, nous avons pu voir des missions de contrôle des établissements. Contrôle à la fois pour ceux qui sont loin de déclarer toutes les vignettes touristiques et ceux qui sont totalement dans l’informel. Ces contrôles devraient être suivis de sanctions mais on connaît la difficulté qu’il y a, parfois, à sévir dans ce pays…
Il faut évoquer également le comportement de certains éléments des forces de l’ordre qui ont entaché le secteur tourisme l’année dernière en rackettant nos visiteurs sous des motifs fallacieux. Heureusement des mutations ont eu lieu mais il faut, à l’avenir, que les autorités compétentes réagissent plus vite et plus fermement face à de telles exactions.
De manière générale, nos opérateurs aimeraient que tous leurs efforts (investissement, formation, promotion…) soient accompagnés par les autorités qui devraient tout mettre en place afin de favoriser notre secteur d’activité qui est quasiment le seul à procurer des emplois sur l’île.

Pour conclure, comment se présente le Festival des Baleines 2017 qui semble constituer la plus belle des vitrines pour votre île ?

Le Festival des Baleines est effectivement une initiative privée de la société Festiv à laquelle, dès son origine, se sont associées deux entités : l’OTSM et Cetamada.
Le Festival des Baleines a, en effet, plusieurs vocations : sensibiliser la population locale à la protection de l’environnement (en l’associant étroitement et de manière festive à l’événement) et promouvoir les attraits touristiques de Nosy Boraha. Les organisateurs se démènent sans compter pour trouver les partenaires et sponsors du Festival qui comporte une forte connotation « responsable » et qui s’inscrit ainsi parfaitement dans notre vision d’un développement harmonieux de nos activités.
L’île Sainte-Marie demeure particulièrement préservée et ceci constitue son charme majeur. Cet environnement, tant naturel que social, est néanmoins fragile et suppose que tous les acteurs, publics et privés, unissent leurs efforts pour conserver ses atouts incomparables.

Propos recueillis pas Richard Bohan.

 

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