L’interview de : Christian RAMANANKAVANA président du conseil d’administration de l’ORT Vatovavy Fitovinany

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Christian RAMANANKAVANA PCA ORT Vatovavy Fitovinany
Christian RAMANANKAVANA PCA ORT Vatovavy Fitovinany
Monsieur le Président, quels sont les principaux atouts touristiques de votre région située sur la côte Est à mi-distance entre Tamatave et Fort- Dauphin ?

Nous disposons de trois atouts touristiques majeurs. Le Parc National de Ranomafana qui englobe un immense massif forestier typique du littoral Est et qui est inscrit au patrimoine naturel mondial de l’Unesco, la ligne ferroviaire FCE (Fianarantsoa – Côte Est), attraction exceptionnelle dans des paysages à « couper le souffle » et, enfin, les Pangalanes, succession d’embouchures de fleuves, de lacs naturels et canaux artificiels qui offrent l’opportunité de longer les rivages de l’océan Indien. Ces attraits sont décrits dans les pages qui suivent de ce même numéro d’Info Tourisme Madagascar.

La ligne ferroviaire FCE
La ligne ferroviaire FCE

Je voudrais insister sur le fait que la région Vatovavy Fitovinany offre de nombreux autres intérêts et notamment tout ce qui concerne l’agro-tourisme. Région riche du point de vue de sa diversité agricole, des circuits ont été créés qui permettent de découvrir des plantations de café, girofle, vanille, poivre, cannelle… ou bien encore d’appréhender la filière miel certifiée «bio» dont les produits (miel de litchi, miel de niaouli…) sont appréciés jusqu’en Europe. La pêche traditionnelle et de nombreuses activités artisanales sont autant de découvertes qui ravissent les éco-touristes qui trouvent dans notre région tous les sujets qui les passionnent : une nature avec un taux d’endémicité de la faune et flore exceptionnelles, des paysages grandioses et variés (mer et montagne) mais aussi des témoignages d’une culture riche telle que d’anciennes mosquées ou le Palais Royal de Vohipeno. La liste est loin d’être exhaustive et pourrait être complétée par les sources thermales de Ranomafana («eaux chaudes» en malgache) très appréciées après les excursions en forêt.

Parc National de Ranomafana
Parc National de Ranomafana

Les tendances du marché mondial du tourisme s’orientent vers des destinations authentiques qui mixent les attraits que nous venons d’évoquer. C’est pourquoi nous sommes confiants quant à l’avenir du tourisme dans notre région.

L’office de tourisme que vous présidez dispose-t-il des moyens nécessaires pour assurer la promotion de cette belle région ?

L’Office Régional du Tourisme que je préside depuis le début de l’année 2018 dispose tout d’abord d’un Conseil d’Administration composé de personnes motivées qu’il s’agisse des représentants des hôteliers, des restaurateurs, de Madagascar National Parks ou de la délégation régionale du Ministère du Tourisme. Les opérateurs ont pu noter que les «choses bougent» à tel point qu’ils viennent d’eux-mêmes, y compris les petites structures, afin de réclamer les carnets qui leur permettent d’acquitter les vignettes touristiques. Aujourd’hui, cette modeste taxe sur les nuitées est notre seule ressource. Elle est très nettement insuffisante. C’est pourquoi nous allons contacter les partenaires techniques et financiers susceptibles de nous appuyer. En tant que Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la région, j’ai pu contracter avec l’Union Européenne pour appuyer des formations. Il s’agira d’effectuer les mêmes démarches pour le compte de l’ORT Vatovavy Fitovinany. Ceci étant, et même avec peu de moyens, nous avons pu réaliser récemment, grâce au concours d’un éditeur malgache, le guide FCE. Des flyers ont été distribués auprès des Agences et Tours Opérateurs. Nous aurons prochainement un site Web pour lequel nous prospectons des grandes sociétés qui pourraient être sponsors.

La ligne FCE à Manakara
La ligne FCE à Manakara
Avez-vous déjà bénéficié de quelques retours de ces actions ?

La saison 2018 a été bonne et bien supérieure à la saison précédente. Les opérateurs de la région, notamment les hôteliers, sont satisfaits de leurs taux de remplissage. Pour rester objectif, il faut avouer que nous partons de loin. Notre principal handicap réside dans l’état des infrastructures. Le projet de réhabilitation de la ligne FCE, que l’on avait annoncé à grand renfort de publicité, se fait toujours attendre. La Banque Africaine de Développement pourrait intervenir mais tout cela ne se fera pas avant la fin de cette année. Il y a urgence car les pannes sont trop nombreuses et bon nombre de touristes arrivent par le train à Manakara en pleine nuit, épuisés, et certains écourtent leur voyage. À l’image du train, l’autre voie touristique, les Pangalanes, aurait également besoin de gros travaux de dragage et consolidation des berges. Là aussi, il avait été évoqué un partenariat avec le royaume du Maroc. Qu’en est-il? Les Pangalanes devraient constituer un des atouts touristiques majeurs du pays intéressant plusieurs régions. Cette voie fluviale exceptionnelle devrait être sillonnée de dizaines, voire de centaines, de bateaux couchettes. À ma connaissance, il n’en existe qu’un seul qui doit limiter ses périples. Imaginez, si nous pouvions parcourir les contrées de Foulpointe (au Nord de Tamatave) jusqu’à Farafangana (au sud de Manakara) sur plus de 700km comme ce fut le cas au début du siècle dernier !

Le canal des Pangalanes
Le canal des Pangalanes

D’autre part, il faut savoir que si l’aérodrome de Manakara a été récemment réhabilité, nous n’avons aucune ligne aérienne régulière depuis plus de 10 ans. J’espère que dans son redéploiement, Tsaradia, la filiale d’Air Madagascar pour le transport aérien domestique, n’oubliera pas Manakara. La route nationale qui sillonne la région est actuellement bonne mais il faut compter 12h à 13h depuis la capitale jusqu’à Manakara pour parcourir les 760km. Nous avons besoin de liaisons aériennes régulières à des prix accessibles. Toutes les régions réclament la même chose, depuis tant d’années… Le port, quant à lui, est totalement désaffecté depuis près de vingt ans. Nous aimerions pourtant, nous aussi, accueillir des bateaux de croisières car nous avons des produits à proximité immédiate à offrir aux croisiéristes. En outre, si la route nationale côtière qui conduit jusqu’à Fort Dauphin était réhabilitée (il faut construire plusieurs ponts), notre région serait un exceptionnel passage obligé vers l’extrême sud-est. 300km de paysages côtiers entre Vohipeno et Fort-Dauphin pourraient attirer des touristes, totalement absents à l’heure actuelle, heureux de parcourir la Réserve Spéciale de Manombo ou le Parc National de Midongy du Sud.

Hapalemur aureus
Hapalemur aureus
Malgré tous ces handicaps, ne semblez-vous pas être néanmoins plein d’enthousiasme ?

J’ai accepté de prendre le poste de PCA de l’ORT Vatovavy Fitovinany parce que je savais pouvoir compter sur une équipe dynamique. Je vois en outre des opérateurs investir dans la région dans de nouvelles unités hôtelières. D’autres qui mettent « aux normes » leurs structures existantes. Nous travaillons en bonne intelligence avec Madagascar National Parks, l’Office Régional du Tourisme de Fianarantsoa et les institutions. Tout est mis en oeuvre pour que nous puissions connaître de futures et belles saisons touristiques. En cette période, ma seule crainte est liée au déroulement des élections car après la présidentielle, nous allons avoir les législatives au mois de mai. Nous devons éviter, à tous prix, une crise
politique et sociale qui casserait cet élan.

Propos recueillis par Richard BOHAN