L’interview de Delphin ANDREAS

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Delphin Andreas
Delphin Andreas

Delphin ANDREAS, PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’OFFICE RÉGIONAL
DU TOURISME DE FORT-DAUPHIN

Monsieur le Président, vous venez d’être élu à la tête de l’ORT Fort-Dauphin. Comment est composée l’équipe de cet Office ?

Ce n’est qu’en décembre 2017 que j’ai effectivement été élu Président du Conseil d’Administration. J’ai accepté cette lourde charge parce que j’estime que notre région mérite bien mieux son développement touristique. Longtemps, j’ai observé le fonctionnement de notre Office et j’ai pu, comme les autres opérateurs de l’Anosy, bénéficier de ses actions de promotion de notre région. Je pense que chacun, à son tour, doit s’investir dans cette structure pour le plus grand atout de tous.

Pour répondre à votre question, je dois tout d’abord avouer qu’il n’est guère évident de trouver les ressources humaines qualifiées dans nos régions éloignées des grands centres urbains, pour accomplir les tâches exécutives d’un Office de Tourisme. Nous n’avons aucun centre de formation à ces métiers qui nécessitent de bien connaître une région du point de vue de ses atouts touristiques et de ses prestataires mais aussi de disposer de qualités notables dans le domaine de la communication. Nous pensons, néanmoins, pouvoir dénicher un futur Directeur Exécutif bien implanté dans la région et qui sera un spécialiste de la communication et des nouvelles technologies. Cette collaboration va donner un souffle nouveau à l’ORT Fort-Dauphin qui devrait pouvoir mieux accomplir son travail de promotion de la région.

Baobab Ravinala
Baobab Ravinala

Quelles sont les relations avec tous les intervenants et partenaires de l’Office ?
Comme dans d’autres régions, d’après ce que l’on me rapporte, il y a une tendance à ce que les opérateurs se détournent de l’Office. Beaucoup se demandent : à quoi sert l’Office ? Il est vrai que les crises politiques successives et d’autres facteurs n’ont pas permis à leurs affaires de prospérer normalement et ils doutent de l’intérêt d’un Office Régional du Tourisme. À nous de démontrer par nos actions, notamment par la promotion de la région à travers des supports numériques ou autres réseaux sociaux, que nous allons être capables de faire revenir en masse des touristes à Fort-Dauphin. Les opérateurs deviendront alors des membres actifs, s’acquitteront des vignettes touristiques et nous entrerons dans un cercle vertueux. En ce qui concerne les relations avec les autorités, tout particulièrement avec la délégation régionale du Ministère du Tourisme, il n’y a jamais eu de soucis majeurs. Je suis convaincu que nous pouvons, cependant, être plus efficaces dans nos domaines respectifs. Nous avons besoin du Ministère pour lutter contre l’informel, faire respecter les règles élémentaires d’hygiène et de qualité, ou bien encore, contrôler les vignettes touristiques.

Vous venez d’évoquer, à nouveau, les vignettes touristiques. Cette taxe sur les nuitées est-elle correctement perçue ?

La seule appellation de « vignette touristique» est déjà ambiguë. Il faut savoir qu’à Fort-Dauphin moins, de 20% en moyenne des nuitées sont réalisées par des touristes. Ce sont quelques hommes d’affaires mais surtout le « business Charity » et le personnel des O.N.G humanitaires qui remplissent les établissements hôteliers avec des taux d’occupation qui demeurent néanmoins faibles. Ainsi, les hôteliers ne comprennent pas pourquoi ils doivent acquitter une taxe « touristique » pourtant obligatoire. Quand nous aurons remis l’Office sur les bons rails et auront commencé notre travail de promotion, je ne doute pas que les opérateurs accepteront d’y régler leurs cotisations et surtout de s’acquitter des vignettes touristiques. Il faudra néanmoins imaginer d’autres sources de financement pour la promotion du tourisme dans notre pays.

Andohahela
Andohahela

Le tourisme semble ne pas se porter au mieux dans l’Anosy pourvue pourtant d’une multitude de sites exceptionnels. Quelles en sont les raisons ?
Comme dans tant d’autres régions, nous sommes en déficit d’infrastructures. L’Anosy, cette région à l’extrême Sud-est de la Grande-île, est aujourd’hui totalement enclavée. La RN13 qui relie le plateau de l’Ihorombe à Fort-Dauphin aurait dû être réhabilitée depuis longtemps. Les travaux avaient même commencé en 2009 avant qu’une crise politique entraîne la suspension du financement par les bailleurs internationaux. La RN12 A, le long de la côte Est, via Vangaindrano, et qui ouvrirait de tout nouveaux horizons est, elle aussi, dans un état tel qu’il est inimaginable d’y organiser des circuits touristiques. Nous sommes donc complètement enclavés. Reste l’avion. Il est annoncé deux vols quotidiens de et vers la capitale avec la nouvelle compagnie « Tsaradia » filiale à 100% d’Air Madagascar. Air Austral pourrait, à nouveau, relier La Réunion à Fort-Dauphin et Tuléar. J’espère que tout cela se réalisera et que notre minuscule aéroport pourra alors accueillir tout le monde que l’on nous promet.

Lepilemur leucopus
Lepilemur leucopus

Pour vouloir développer le tourisme, il faut s’octroyer tout d’abord les moyens d’entretenir les infrastructures existantes. Le lac Anony qui est un merveilleux site touristique avec ses décors de falaises et de dunes de sable, peuplé de colonies de flamants roses, s’est ensablé. Il n’est plus relié à la mer ce qui a modifié la qualité de ses eaux et les colonies de flamants roses sont parties…

Lors de l’ouverture de l’exploitation minière (ilménite issu du sable côtier), il avait été émis quelques craintes sur les répercussions pour le tourisme. Cela s’est-il avéré exact ?

Les craintes sont aujourd’hui dissipées. Non seulement Rio Tinto QMM dont l’exploitation se trouve pourtant peu éloignée de la ville n’a perturbé en rien le tourisme, mais en outre, elle l’aurait favorisé. La zone d’exploitation était largement déforestée or, la mine reboise au fur et à mesure de son déplacement dans son périmètre. Rio Tinto QMM a même créé la Zone de Conservation de Mandena qui représente un magnifique site touristique. De plus nous bénéficions d’un excellent approvisionnement en électricité ce qui est rare dans le pays. Les routes en ville ont été réhabilitées grâce à l’appui du projet PIC/Banque Mondiale et, dernier point et non des moindres, nous disposons d’un port aux plus hautes normes de qualité et de sécurité. C’est grâce au Port d’Ehoala que nous pouvons recevoir chaque année quelques bateaux de croisières. Même si le débarquement de milliers de passagers pour quelques heures ne constitue pas un apport très important, seuls quelques rares opérateurs et des taxis profitent de cette aubaine, ceci représente une belle vitrine pour notre destination. On pourra déplorer que l’exceptionnel Parc National d’Andohahela ne puisse être visité par ces croisiéristes à cause de l’état de la route.

L’ascension du pic Saint-Louis est-elle toujours déconseillée pour des raisons de sécurité ?

Il y a eu effectivement, à une époque déjà un peu éloignée, quelques soucis sur les pentes du pic Saint-Louis. Nous sommes en train de constituer des comités villageois avec les populations qui habitent ce périmètre afin de garantir la sécurité. Ceci étant, Fort-Dauphin renferme tellement d’attraits, que vous découvrirez dans les colonnes de ce magazine, que cela n’est pas préjudiciable. Les plus sportifs peuvent parcourir notre région en toute sécurité avec des opérateurs spécialisés dans le trekking. Plusieurs prestataires sont d’ailleurs positionnés sur des niches de marché et sur des clientèles, notamment anglo-saxonne, bien ciblées. Les écotouristes qui recherchent une région authentique et préservée, riche en biodiversité et aux paysages « à couper le souffle » forment l’essentiel de nos touristes.

Nous allons néanmoins redynamiser la composante « histoire ». Il existe à Fort-Dauphin le musée Flacourt qui retrace l’histoire de la région Anosy qui fut la première porte d’entrée des navigateurs et populations étrangères qui occupèrent Madagascar. Une collaboration entre notre Office et celui de Saint-Paul à La Réunion permettrait de mettre en valeur tout un pan de notre histoire commune.

Pour conclure, je voudrais rappeler que la ville de Fort-Dauphin et ses alentours compte de nombreux établissements hôteliers pour toutes les bourses et tous les goûts et qu’enfin la gastronomie qui s’appuie sur les produits de la mer, dont les huîtres et langoustes, est une composante importante de notre offre touristique. Fort-Dauphin est incontestablement une région à redécouvrir.

PROPOS RECUEILLIS PAR RICHARD BOHAN

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