L’interview de Rolland Raboanasy

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Rolland Raboanasy
Rolland Raboanasy

Rolland Raboanasy
PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
DE L’OFFICE RÉGIONAL DU TOURISME DE LA SAVA (ORT SAVA)

« Les quatre secteurs (Sambava, Antalaha, Vohémar et Andapa) proposent des circuits variés et attrayants permettant une découverte approfondie de la région. »

Comment s’est déroulée la saison touristique 2017 dans la SAVA (région Nord-Est de Madagascar) ?

Il faut savoir que le tourisme n’est pas encore suffisamment développé dans la région bien qu’elle soit dotée d’atouts touristiques exceptionnels dont l’incomparable Parc National du Marojejy. Nous sommes en effet, une région totalement enclavée une bonne partie de l’année. La seule route nationale pour accéder à la région (RN5A qui relie Ambilobe à Vohémar) est impraticable durant la saison des pluies et ne permet pas de programmer des
voyages en toute sérénité.

En ce qui concerne le trafic aérien, nous disposons d’une liaison quotidienne avec la capitale mais qui n’est assurée que par des ATR 72. Pour recevoir le Boeing 737-800, qui a remplacé le 737-300, il
faudrait quelques aménagements de l’aéroport (dont une deuxième voiture pompier) qui ne sont toujours pas programmés. Il est très difficile pour les particuliers, et a fortiori pour les agences et leurs groupes de touristes, de réserver des places sur ces vols pendant les périodes de vacances, de juin à septembre et le mois de décembre.

Nous recensons environ 2.500 touristes de loisirs par année dont, environ 1.500 pour le seul Parc National du Marojejy. Beaucoup sont des hommes d’affaires qui viennent dans la SAVA pour le commerce de la vanille ou autres produits agricoles. Quelques hôtels qui travaillent avec des agences de voyage peuvent assurer jusqu’à 25 voire 30% de leur taux de remplissage avec des touristes de loisirs. Ces chiffres restent appréciables, compte tenu des difficultés que nous rencontrons pour l’acheminement des touristes. Malgré cela, les infrastructures privées (hôtels, restaurants, transports) sont suffisantes afin de pouvoir accueillir un plus grand nombre de visiteurs.

Dans ces conditions, quel rôle joue votre Office Régional du Tourisme ?

Malgré tout, nous n’avons cessé de chercher à développer de nouveaux produits et circuits. Dans ce numéro d’Info Tourisme Madagascar, vous trouverez le circuit Bobangira qui offre l’opportunité de parcourir une forêt humide typique du littoral Est, particulièrement recommandé aux personnes du troisième âge que l’ascension du Marojejy peut effrayer. Les circuits en pirogue sur le fleuve Bemarivo accompagnés de la visite de villages et la rencontre des cultures traditionnelles (fruits et épices dont vanille, girofle…) figurent également parmi les nouveaux produits qui donnent de nouveaux atouts à une région authentique et offrant de superbes paysages aussi bien montagneux que maritimes. Les quatre secteurs (Sambava, Antalaha, Vohémar et Andapa) proposent des circuits variés et attrayants permettant une découverte approfondie de la région. Lorsque nous interrogeons nos visiteurs, à la suite d’un séjour dans nos contrées, ils sont généralement enthousiastes. Ceux qui connaissent plusieurs régions de Madagascar classent régulièrement la région SAVA parmi leurs préférées.

Nous avons, en novembre dernier et pour la première fois, participé à un salon international de tourisme, en l’occurrence le SITV à Colmar. Malgré la mauvaise image véhiculée par l’épidémie de peste qui sévissait alors, les contacts ont été extrêmement fructueux. Nous avons des produits, notamment dans les secteurs écotouristiques et agro-touristiques, tout à fait adaptés à la demande d’une clientèle nord européenne. Il sera nécessaire, néanmoins, que les opérateurs principalement les hôteliers consentent quelques efforts pour améliorer leurs prestations.

Disposez-vous des ressources nécessaires pour assurer la promotion de votre région ?

Ni l’Office National du Tourisme, ni aucun des 22 Offices Régionaux du Tourisme ne disposent des ressources nécessaires pour assurer un minimum de visibilité du pays dans son ensemble ou de chacune des régions. Grâce à l’appui de la délégation régionale du Ministère du Tourisme qui a  renforcé les contrôles auprès des hôteliers, la vignette touristique finance un peu mieux la caisse de l’ORT SAVA. Ce n’est pas évident, car les hôteliers travaillant pour une part seulement avec le secteur tourisme et malgré l’obligation légale qui
leur est faite de payer cette vignette, ne pensent pas toujours à s’en acquitter. C’est grâce à ces rentrées financières et à l’aide de la compagnie Air Austral que nous avons pu participer au SITV Colmar. Je dois relever le travail effectué ces derniers mois par de
nombreux membres de l’ORT et son bureau exécutif pour sensibiliser, et relancer sans cesse (par l’envoi chaque mois de SMS), les hôteliers à payer leur vignette touristique. Cependant, jamais la seule petite taxe sur les nuitées ne permettra de disposer des moyens de promotion en phase avec nos potentiels touristiques.

Vous venez d’accéder, en ce début d’année 2018, à la Présidence du Conseil d’Administration de l’ORT SAVA. Quelles sont les actions que vous comptez mener afin de promouvoir votre région ?

Nous allons tout d’abord nous inscrire dans la continuité des actions qui avaient été menées par le bureau précédent, auquel
j’appartenais, et sous la présidence de Bruno Lee Sio Tsion qui n’a jamais ménagé ses efforts pour assurer la promotion de notre région. Nous disposons désormais, me semble-t-il, d’un grand nombre de circuits suffisants pour satisfaire les touristes qui séjourneraient dans la SAVA.

Il va falloir, par contre, continuer de former des jeunes au métier de guide afin de pouvoir accueillir correctement les visiteurs. Ce travail est effectué depuis plusieurs années en collaboration avec Monsieur Jean-Yves Bayol et l’association FO.CU.S. Nous disposons actuellement d’un bon réservoir de 85 guides spécialisés et, pour certains, multilingues. En revanche, il y a urgence, désormais, à assurer la formation de formateurs. La région SAVA dispose d’une flore et d’une faune exceptionnelles, très souvent endémiques. Pour mettre en valeur ces richesses, il faut des guides à la hauteur des attentes de nos clients.

En parallèle, nous allons également essayer de développer le « tourisme national ». Trop de Malgaches ou de résidents à Madagascar ne connaissent pas notre région et il y a là un fort potentiel de croissance. Cet effort s’inscrit dans la politique de l’ONTM et s’affirmera notamment à l’occasion de notre participation au prochain salon International Tourism fair Madagascar 2018 (31 mai – 3 juin à Antananarivo).

Vous semblez demeurer confiant quant aux possibilités d’accroître le nombre de vos visiteurs. Est-ce le cas ?

Je n’aurais pas accepté ce poste de PCA de l’ORT SAVA si je ne nourrissais pas quelques espoirs. La reconnaissance de notre travail provient des excellents retours de nos visiteurs qui, après avoir visité les chantiers de construction de boutres à Antalaha ou les hauteurs qui surplombent la baie d’Iharana (Vohémar) en passant par la cuvette rizicole d’Andapa et les immenses plages et cocoteraies de Sambava, regrettent très souvent de ne pas être restés plus longtemps, tant notre offre touristique est abondante.

Quelle région peut offrir des treks de plusieurs jours en haute montagne à travers des forêts peuplées d’espèces de lémuriens parmi les plus rares, des croisières fluviales ou des plaisirs balnéaires, si ce n’est la SAVA ?

Il suffirait qu’un vol relie, par exemple, La Réunion à Sambava pour que le nombre de touristes augmente dans d’importantes proportions. Espérons que dans le cadre des accords de partenariat stratégique entre Air Austral et Air Madagascar nous
puissions voir rapidement aboutir ces rotations aériennes.

Proposrecuillis par Richard Bohan

 

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